Vervolg Henri Fauconnier
À Barbezieux
Dans un milieu cultivé, artistique et catholique, six
enfants, leurs
cousins et leurs amis, vivent très libres dans le grand jardin
et les
chais de Musset. Henri Fauconnier est l’aîné et
l’inspirateur de la
bande. Jacques (le futur Chardonne) vient tous les jours. On joue et on
écrit beaucoup. Un journal est publié, des revues
théâtrales sont
jouées sur la place du château, dont les textes et la
musique sont
écrits par Henri. Henri et Jacques savent qu’ils seront
écrivains. En
1901, à la mort du père, longtemps malade, l’aisance a
fondu chez les
Fauconnier. Henri termine son droit à Bordeaux puis, refusant
une place
chez son oncle, part en Angleterre où il enseigne pendant deux
ans le
français et la musique dans le petit collège de Wells
House. C’est là
qu’un article de revue attire son attention : il paraît
qu’on peut
faire fortune à Bornéo en plantant des sagoutiers.
L’idée prend corps.
S’il veut écrire, il lui faut d’abord s’assurer des loisirs et,
pour
cela, le plus facile est de faire fortune. Par son ami Jacques, il
rencontre deux jeunes français volontaires pour l’aventure.
En Malaisie
Le départ a lieu de Marseille le 10 Mars 1905. A
l’escale de
Singapour, un mois après, ils décident d’abandonner
Bornéo pour les
plantations de caoutchouc de Malaisie, plus prometteuses. Fauconnier
obtient de faire un stage à ses frais chez un planteur de Klang
(près
de Kuala-Lumpur) pour y apprendre le métier et les deux langues
indispensables, malais et tamil. En Août, il découvre le
terrain de
leur future plantation, dans les terres fertiles et lointaines
situées
sur les collines, au-delà de la rivière Selangor. Il en
obtient une
concession de 600 hectares et s’installe à Rantau Panjang au
début de
1906 où il fait construire sa première
« Maison des Palmes ».
Fauconnier aime tout, les gens, les lieux, les paysages, son
énorme
travail, le climat, sa vie et la vie. Et tout lui réussit. Sa
mère
mobilise pour lui les fonds russes destinés à
« doter » ses jeunes
sœurs. Grâce à ces 20.000 francs, et aux fonds que son ami
Jacques met
dans ses affaires, la plantation va de l’avant et il en devient le
principal propriétaire. En 1908, il fonde à Bruxelles la
« Plantation
Fauconnier & Posth », avec l’aide financière d’un
banquier belge Adrien Hallet.
Il a converti tout ce qu’il avait en actions et en parts de fondateur.
Des amis de Charente l’ont rejoint et l’aident à étendre
ses
plantations. La fortune lui arrive alors, avec le doublement du prix du
caoutchouc en deux ans et le triplement de la valeur de ses actions
dans la seule année 1910. Fauconnier est alors Directeur
général des
plantations du groupe Hallet en Extrême-Orient (Sumatra, Java,
Indochine et Malaisie). En 1911, sur une idée d’Hallet, il
envoie de
Sumatra en Malaisie quelques sacs de graines de palmiers à huile
(Elaeis Guineensis) qui seront à l’origine des immenses
plantations de
la Malaisie. Lui-même établira à Tennamaram,
près de Rantau-Panjang,
pour sa sœur Marie, la première plantation de palmiers à
huile de
Malaisie. Après plusieurs séjours en Malaisie sa famille
est venue le
rejoindre pour s’y établir. Fauconnier sent alors qu’une page
est
tournée : cette réussite matérielle qu’il a
voulue, qu’il a conquise
dans la joie par un immense travail, lui suffit. C’était un
moyen et
non une fin. En gardant un œil sur les plantations, il va s’arranger
pour déléguer ses pouvoirs et se consacrer enfin à
son envie d’écrire.
Il y a longtemps qu’il a un livre en tête sur le bonheur de vivre
en
Malaisie.
La guerre de 1914-1918 et le
mariage
Mais la guerre éclate. Personne là-bas ne s’y
attendait. Les
français des plantations s’engagent aussitôt, laissant les
femmes qui
les attendront là-bas jusqu’à leur retour prochain,
à Noël. Fauconnier
va se marier (avec Madeleine Meslier, sœur d’un planteur, ami d’enfance
de Barbezieux), mais refuse au Consul de France de rester sur place
pour garantir la production du caoutchouc. Le mariage et la guerre
complèteront son ouverture sur la vie et son expérience
de futur
écrivain. Après quelques mois passés dans un
dépôt de Périgueux (un
véritable « dépotoir » où
règnent la crasse, la bêtise, le règlement et
l’incurie militaires), il arrive sur le front où il participera
comme
deuxième classe à la plupart des grandes batailles sauf
pendant deux
périodes, sa formation à l’école d’officier de
Mourmelon en fin 1916 et
sa permission en Malaisie (après son mariage en Charente en mars
1917).
De là il sera détaché quelques mois en Indochine,
auprès des
tirailleurs annamites, pour assister Auguste Chevallier à
créer des
cultures stratégiques. A l’automne 1917, on le réclame en
France comme
interprète auprès de l’armée anglaise. Il laisse
à Saïgon sa femme
enceinte et malade. (En Méditerranée, son bateau sera
torpillé sans
qu’il coule quand elle reviendra avec sa fille en Avril 1918.) Pendant
toute la guerre, Fauconnier a maudit les Européens et
rêvé d’être en
Malaisie. En 1998, ses Lettres à Madeleine, 1914-1918
seront publiées par les Editions Stock.
En Tunisie
La lente écriture de Malaisie.
Dès sa démobilisation, Fauconnier dépose sa femme
en Suisse, près de
Chardonne (où habite encore son ami Jacques). Elle est
menacée de
tuberculose. Puis il part rejoindre des plantations qui ont besoin de
lui et qu’Hallet souhaite agrandir et réorganiser. Il veut en
même
temps vérifier s’il est capable ou non d’écrire ce livre
auquel il
pense depuis si longtemps. Il fait plusieurs voyages d’inspection
jusqu’en 1928 (Malaisie et Indochine), obligé d’abord, par une
longue
crise du caoutchouc, d’y rester travailler pour vivre. Puis, afin de
s’assurer de revenus plus stables, il accepte des postes
d’administrateur dans plusieurs sociétés de plantations
tropicales.
Constatant qu’il n’aime ni Paris ni le climat de la France, il
s’installe à Radès, près de Tunis, en 1925,
compromis d’éloignement et
de climat entre la Malaisie et la Charente. « La
Terrasse » est une
grande maison basse de style arabe entourée d’un immense jardin.
Son
livre avance, mais lentement.
Malaisie et le prix
Goncourt
Au début de 1930, Jacques Boutelleau, qui a pris le nom
de Jacques Chardonne à son premier roman, L’Epithalame,
publié en 1921, offre à Jean Paulhan de faire
paraître Malaisie
dans les cahiers de la N.R.F. Ils sont tous les deux enthousiastes des
chapitres que leur a montrés Fauconnier. Jacques n’a jamais
cessé
d’avoir une grande admiration pour son ami Henri (qui avait cinq ans de
plus). Il avait tout tenté pendant la guerre pour le faire
sortir des
tranchées. Maintenant, il veut si fort pour lui le prix Goncourt
qu’il
est à la limite d’indisposer, et son ami, et le jury du
Goncourt. Le
succès populaire et d’estime de Malaisie
(édité chez Stock) est considérable et la presse
très favorable, même avant l’attribution du prix[1].
Henri
Fauconnier a besoin de paix et de temps pour écrire. Il n’est
pas assommé ou perturbé par la
célébrité qui suit sonPrix Goncourt.
Mais son temps lui est mangé. Il ne veut renoncer à rien,
ni à sa
famille et ses amis, ni à la lecture, à la musique, au
jardinage, au
tennis, aux échecs, aux jeux avec ses enfants, à la
flânerie et à sa
correspondance. Etre écrivain n’est pas pour lui prioritaire. Il
se
voit plutôt comme « homme de lettres » et,
en jouant sur les mots, il
est vrai que ses lettres montrent toutes ses qualités
d’épistolier.
(Ses correspondances avec Chardonne et avec son frère et ses
soeurs
mériteraient d’être publiées.) Cependant il
apprécie beaucoup les
rencontres ou les échanges de lettres qu’il a avec des
écrivains (Jean Amrouche, Georges Bernanos, Henri Bosco, Jean
Cocteau, Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Alfred Fabre-Luce, Paul
Géraldy, André Gide, Jean Giono, Jean Guéhenno, A.
Guibert, Henri de Keyserling, Roger Martin du Gard, Maurice
Maeterlinck, Jean Paulhan, Romain Rolland, Jean Schlumberger,...). Et
il a la joie de voir décerner, en 1933, le prix Fémina
à sa sœur Geneviève pour son roman Claude, qui
fut aussi un grand succès de librairie. (Avec deux autres livres
de Geneviève Fauconnier, Trois petits enfants bleus et Les
étangs de la Double, Claude
a été réédité en 1995 par Le
Croît Vif.) Le cas est unique en France
d’un frère et d’une sœur, prix Goncourt et prix Fémina.
Cela mérite
d’être souligné.
Visions
Fauconnier avait détesté le traité de
Versailles. Il savait que
l’Europe prenait ainsi l’énorme risque de voir recommencer
l’ignoble
guerre de 1914-18. Au cours des années trente, bien que Malaisie
lui donne les moyens de franchir dans l’aisance les années de la
grande
crise, son moral est très atteint par la montée de
l’hitlérisme, par le
fascisme italien et la conquête de l’Abyssinie et par la guerre
civile
espagnole. En Octobre 1938 il publie, chez Stock encore, un recueil de
Nouvelles donnant quelques Visions de sa vie passée (La Dame,
Noël Malais, Inde Dravidienne, Barbara,
Les Asphodèles et Vision). La critique en
est aussi bonne que pour Malaisie
mais les lecteurs pensent davantage aux menaces de guerre. Craignant
les visées de Mussolini sur la Tunisie, la famille quitte La
Terrasse
en été 1939 pour s’installer à Musset.
La guerre de 39-45 et les
dernières années
La vie n’est pas facile pendant l’occupation. Les enfants ont
grandi
et Fauconnier, malgré les réserves qu’il avait
rapatriées en France, se
voit progressivement coupé de ses ressources (Belgique,
Angleterre,
Malaisie, Indochine). Il n’a plus l’envie ni le courage
d’écrire. Le
froid et le ravitaillement sont les soucis majeurs. Son ami Jacques
multiplie ses lettres en imaginant pouvoir le convaincre de la victoire
des Allemands. Lui préfère écouter la B.B.C.
L’après-guerre aussi est
difficile, mais en 1947 il accepte d’être le chef du
« Groupe des
Ecrivains Fédéralistes » pour les
« Etats-Unis d’Europe ». En
réconciliant les peuples, on empêchera peut-être les
gouvernements de
prétendre être investis de missions nationalistes.
En 1957, la Société de plantations qui avait
englobé son affaire (la
SOCFIN du groupe Rivaud) lui offre un voyage du souvenir en Malaisie.
L’ancien pionnier en lui est ravi, mais, climatisée et
asphaltée, ce
n’est plus « sa » Malaisie d’antan. Il s’installe
alors dans une
vieillesse tranquille et active, jouant au tennis et aux échecs,
jardinant et nageant, rêvant un moment de reprendre son Malaisie
II
et tenant toujours sa correspondance. Il partage son temps entre la
Côte d’azur, Paris (qu’il aimerait fuir mais où habitent
enfants et
petits-enfants) et la Charente. Mort à Paris en avril 1973, il
est
enterré à Barbezieux. Son seul vœu fut que Musset soit
conservé dans la
famille.
Œuvres
- Malaisie, Stock, 1930, Prix Goncourt.
Réédité en permanence depuis.
- Visions, Stock, 1938,
- Nouvelles (La Dame, Noël Malais,
Inde Dravidienne, Barbara, Les
Asphodèles, Vision).
- Noël Malais suivi de Barbara, Stock, 1941,
Illustré par Charles Fauconnier.
- Le Bonheur de Barbezieux (de Jacques Chardonne)
suivi de La Dame d’Henri Fauconnier, Stock, 1943,
Illustré par André Jordan.
- Lettres à Madeleine,
1914-1918, Stock, 1998. (Lettres que Fauconnier écrivit à
sa fiancée puis à sa femme pendant la guerre de 14-18.)
Source: Wikipedia
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Vervolg Jacques Chardonne
Famille
Son père, Georges Boutelleau,
issu d'une famille de négociants de cognac, était
lui-même écrivain. Poète amateur, il fut
encouragé par François Coppée et par le
célèbre écrivain rochefortais Julien Viaud, dit
Pierre Loti, qu'il reçut dans sa grande maison patricienne de
Barbezieux.
Son fils se souviendra plus tard être allé enfant
avec son père
chercher le célèbre écrivain venu pour une
réception, à la gare de
Barbezieux, et en dira plus tard qu'« il n'était
à l'aise ni dans la
vie, ni dans la gloire »...
Georges dira à son fils : « La
littérature, ce n'est pas un métier, c'est un
secret ».
Sa mère, quaker d'ascendance américaine,
appartenait à la célèbre « tribu
porcelainière » des Haviland
de Limoges.
"Enfant j'aimais Jaurès, et je lisais ce qu'il
écrivait. Vers 1910,
je l'ai connu et l'ai vu souvent jusqu'à sa mort (...) il a
prophétisé
des sombres choses qui n'ont pas manqué d'arriver. Ces
idées m'ont
marqué à jamais." (Lettre à J.Paulhan, 6
février 1947, op.cit. p. 129) .
Son
fils unique Gérard (Paris, 27 mai 1911 - 2 novembre
1962), également romancier, fut déporté en mars
1943 au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen et libéré
grâce à l'intervention du lieutenant Gerhard Heller[1].
Son père dira de cet épisode :
« (il) est resté 6 mois à Oranienburg
(...) Ce n'était pas rose. Mais ils sont revenus, je dois le
dire, avec
fort bonne mine » [2].
En 1944 Gérard Boutelleau devint rédacteur en
chef de l'hebdomadaire Carrefour,
créé par une équipe proche des
démocrates-chrétiens, puis vers 1950
orienté plus à Droite, pour cesser de paraitre en 1977;
à ce titre
entra en relations avec l'écrivain Jean Paulhan, qui
correspondit avec son père de 1928 à 1962.
Avant la Guerre
Après avoir été le secrétaire de
l'éditeur Pierre-Victor Stock en
1921, il racheta cette prestigieuse maison en association avec son ami
Maurice Delamain et devint le codirecteur de la "Librairie Stock,
Delamain et Boutelleau", devenu propriété du groupe
Gallimard.
"ll faut dire au comte de Paris qu'un éloge royal est,
entre tous,
délicieux. Viendrait-il du diable, l'éloge serait encore
bon. S'il veut
me séduire tout à fait, il doit exterminer son aile
gauche, cette bande
de jeunes chenapans bolchevicks-royalistes : Brasillach, Thierry
Maulnier, Claude Roy; et même les vieux : Gaxotte, Varillon,
etc."
(lettre à J.Paulhan, 26 avril 1940, op. cit. p.110).
Sous l'Occupation
"Ici occupation correcte, douce, très douce. Mais
j'espère que nous
souffrirons. J'accepte tout du fond du coeur. Je sens le bienfait de l'
"épreuve", la toute-puissance de l'évènement. Une
immense folie est
dissipée (...) j'ai l'horreur de ce que nous étions. Je
ne déteste pas
l'Allemand mais le Français d'hier, moi, l'Anglais (l'Anglais
surtout
qui me devient odieux, avec son Churchill dément), frivole et
vantard.
La censure elle-même me sera bonne. Nous ne voulons pas
être nazis, et
personne, je crois, n'attend cela de nous. Mais je peux comprendre leur
leçon. Derrière cette force matérielle, il y a des
forces morales très
grandes. La débâcle anglo-française est une
débâcle morale".
(Lettre à J.Paulhan, 6 juillet 1940, de La Maurie
(op.cit., p.114),
où les Boutelleau vécurent jusqu'à fin août,
d'où "L'été à La Maurie" -
tiré de "Chronique Privée de l'an 40" - qui sera
publié par la N.R.F.
en décembre).
Culturellement germanophile, il répond à l'invitation de
Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, en octobre 1941,
avec sept autres écrivains français tels Pierre Drieu La
Rochelle, Marcel Jouhandeau et Robert Brasillach, et séjourne en
Allemagne pour le Congrès des
écrivains européens de Weimar, dont il revient
enthousiasmé, voire pro-hitlérien.
On le voit également ardent pétainiste : "
Il n'y pas de "pauvre"
gouvernement de Vichy. Il n'y a que des pauvres français.
Pétain est le
seul grand. Je le trouve sublime. Il est toute la France. Je vomis les
juifs, Benda, et les Anglais - et la Révolution
française". C'est une
grande date que 1940. Et qui doit beaucoup à 1918. Je suis
sûr que vous
verrez un jour dans quelle erreur nous étions". (lettre à
J.Paulhan,
novembre 1940, op.cit. p.116).
En 1942, alors que d'autres déclinent prudemment une
nouvelle
invitation, il accepte de présider un second voyage outre-Rhin,
toujours avec Pierre Drieu La Rochelle.
Il
écrit alors Chronique privée de l'an 40 (1940) - dont il
regretta la parution - et dans diverses revues nazies, comme
Deutschland Frankreich.
"Vous avez lu "La Paix" de Junger, j'espère. c'est
là ce que j'ai
toujours cru, ma "politique" et mes "alliés" seulement j'ai mal
choisi
mon moment pour le dire". (lettre à Paulhan du 13 mai 1948, op.
cit.
p.147).
Le sculpteur allemand Arno Breker,
venu exposer ses œuvres à Paris en 1942, dit de lui qu'il
« fut
toujours ouvert à l'esprit allemand » et qu'il eut le
courage « de
voir, derrière le soldat qui entrait à Paris, le
partenaire de demain ».
"Je me suis rapproché du Rhin, que je ne traverserai
plus jamais.
Au-delà se passent des choses qui me soulèvent le coeur".
(lettre à
J.Paulhan, 22 août 1948, op.cit. p.153).
Après la Guerre
À la Libération,
il craignait d'être fusillé pour son engagement vichyste.
Arrêté à Jarnac (comme son éditeur
Bernard Grasset
dont la maison y était repliée, qui fut jugé par
le Conseil National
des Ecrivains (C.N.E.), commission d'épuration de
l'édition, qui en
1946 le "suspenda de sa profession pour entente avec l'occupant", le
12 septembre 1944, il fut
conduit à la prison de Cognac
où il resta pendant quelques semaines et côtoya quelques
notables
compromis et collaborateurs, avant d'être placé en
résidence surveillée.
Ses livres furent interdits de vente et de fabrication, mais
en mai
1946 il bénéficia d'un non-lieu à la suite des
déclarations de son fils
et de Paulhan[3].
" Le tribunal de Versailles, pendant deux ans, a
examiné mon cas. Il
était présidé par un communiste et le juge
d'instruction était un juif.
Ils ont jugé qu'il n'y avait rien à retenir contre moi;
et je crois
bien avoir été le seul (dans ces circonstances) qui a
été proclamé sans
reproche". (lettre à Robert Boisnier du 1er septembre 1965 -
n°228 du
cat. de la vente du 25 octobre 2003).
"Les "gens de gauche" reprennent pour leur compte le jeu des
gens de
droite. La patrie n'a jamais servi qu'aux passions et aux
intérêts
privés. Elle est toujours trahie". (lettre à J.Paulhan du
11 mai 1947,
op.cit. p.131).
Le 30 juin 1956, il accepta de prononcer un discours pour la
distribution des Prix du collège de Barbezieux.
"Je continue d'écrire. Je refuse l'Académie. Et
on me couvre de
fleurs, comme une tombe". (lettre à Robert Boisnier du 15
janvier 1960
- idem.).
En 1966, ayant adressé son dernier livre paru à Charles
de Gaulle,
Président de la République, celui-ci,"remettant la
politique à sa juste
place" selon Ginette Guitard-Auviste (op.cit.) le remercia ainsi par
lettre du 9 avril (archives A.A.J.C.):
« vos Propos comme ça m'enchantent.
J'admire
l'ampleur et la désinvolture de votre pensée. Je
goûte votre style pur et sans accessoire. »
, dont Chardonne fut ému et assez fier pour la montrer
à son entourage...
Le chef de l'Etat fut cependant pour lui une "cible" de choix
dans
la longue correspondance - inédite mais consultable depuis 2000
à la
bibliothèque de Lausanne - qu'il entretint avec Paul Morand de
1952 à
1968, "tout en se montrant (plus) vulnérable aux
côtés monarchistes et
droitiers du grand homme" (François Dufay, op.cit., p.128), et
où, face
à l'antisémitisme haineux de Morand, "il joua les
philosémites avec des
arguments sentant leur antisémitisme, vantant Léon Blum,
Raymond Aron,
tout en pestant contre les métèques qui envahissent sa
banlieue"
(idem., p.140).
G.Guitard-Auviste défend Chardonne de "racisme d'aucune
sorte, ni racial (sic) ni social".[4].
En 2004, c'est "en raison de cette attitude condamnable sous
l'Occupation"[5]
que quelques conseillers régionaux socialistes de
Poitou-Charentes
estimèrent nécessaire de débaptiser les deux
salles de l'Hôtel de
Région auxquelles son nom avait été donné
en 1986, cette collectivité
territoriale étant alors dirigée par le camp politique
adverse.
"Semblant réticent aux honneurs, il écrivit ses
dispositions
concernant son testament : pas de rue, pas de plaque avant son
décès".
(lettre à Robert Boisnier du 1er septembre 1965 - idem.).
Le 7 avril 1984, une cérémonie pour le
centenaire de sa naissance
fut organisée à Barbezieux, une rue à son nom
inaugurée, et une plaque
posée sur la façade de sa maison natale.
Œuvre
Dès son premier livre, L'Épithalame
(1921), il se révèle comme un romancier du couple,
« ce curieux
assemblage de deux êtres, qui ne laisse personne en
repos ». Viennent
ensuite Les Varais (1929), puis Eva (1930) et Claire (1931) qui
reçoit le Grand Prix du roman de
l'Académie française
en 1932. Puis dans L'Amour du Prochain (1932), il offre avec finesse,
en romancier et moraliste, des descriptions mélancoliques.
Il a écrit quelque 20 000 lettres; celles
écrites sur papier
quadrillé sont sincères, tandis que dans celles sur
papier blanc, il
mentait. Ses amis connaissaient cette convention.
François Mitterrand né à Jarnac, a
exprimé son admiration pour l'écrivain,
« autre gloire charentaise et
styliste-hobereau[6] ».
Il prit comme nom de plume celui de la commune suisse de
Chardonne-sur-Vevey, où il séjourna et écrivit un
certain temps.
Bibliographie
Œuvres de Jacques Chardonne
Les
bibliographies de Chardonne et de sa seconde épouse, Camille
Belguise (1894-1980), dues à la libraire Caroline C.Tachon, ont
été
publiées dans le 19e et dernier cahier annuel de "l'Association
des Amis de Jacques Chardonne" (A.A.J.C.), dissoute le 25/05/1998, jour
du 30e anniversaire de sa mort.
- L'Épithalame (Paris, librairie Stock et Vienne,
Larousse,1921; Grasset,1929; Ferenczi,1933; Albin-Michel,1951; S.C.
Edit. Rencontre, Lausanne, 1961; L.G.F., 1972; Albin-Michel,
1987) ;
- Le Chant du Bienheureux(Librairie Stock,1927 ;
Albin-Michel, 1951) ;
- Les
Varais, dédié à Maurice Delamain (Grasset,1929;
Ferenczi et fils,1932; Albin-Michel,1951; Grasset,1989);
- Eva ou le journal interrompu,
dédié à Camille Belguise, sa seconde épouse
(Grasset,1930 ; Ferenczi et fils,1935; Albin- Michel,1951;
Gallimard,1983) ;
- Claire,
dédié à Henri Fauconnier (Grasset,1931; Ferenczi
et fils,1936;
Piazza,1938; Albin-Michel,1952; club du Livre du Mois,1957 ;
Rombaldi,1975; Grasset,1983);
- L'Amour
du Prochain, dédié "à mon fils Gérard"
(Grasset, 1932; La Jeune Parque,1947; Albin-Michel,1955);
- Les Destinées Sentimentales (Grasset,1934-1936)
trilogie :
- La Femme de Jean Barnery, dédié à
Jacques Delamain ( idem., 1934);
- Pauline(idem., 1934);
- Porcelaine de Limoges (idem,1936; Grasset,1947;
Albin-Michel,1951, L.G.F.,1984)
En
1999, ce roman a été adapté par le cinéaste
Olivier Assayas, avec Charles Berling, Isabelle Huppert et Emmanuelle
Béart.
- Romanesques,
dédié à Paul Géraldy (Stock,1937;
édit. Colbert et Stock,1943; Albin-Michel,1954; La Table
Ronde,1996);
- Le Bonheur de Barbezieux, dédié
à Marcel Arland (Stock,1938,1943; Monaco, édit. du
Rocher,1947; Albin-Michel,1955, Stock,1980) ;
- Chronique Privée, dédié "à ma
fille France" (Stock,1940) ;
- Chronique privée de l'an 40, dédié
à Maurice Delamain (idem.) ;
- Voir la Figure - Réflexions sur ce temps,
dédié "à mon ami André
Thérive(...)souvenirs de l'année 1941 à Paris"
(Grasset, 1941) ;
- L'Amour,
c'est beaucoup plus que l'amour, dédié "à Jean
Rostand son ami" (Stock,1937,1941; Albin-Michel,1957, puis 1992);
- Attachements - Chronique privée (Stock,1941,
Albin-Michel,1955);
- Le Ciel de Nieflem, 1943. « qu'il détruit
sur le point
d'être publié. Il en interdit à jamais toute
publication » (Caroline
Hoctan - présentation de la correspondance Chardonne/Paulhan,
op.cit.,
p.22). Extraits publiés dans les "cahiers Jacques Chardonne" 2
et 3 ;
- Chimériques (Monaco, édit. du Rocher,1948 et
1992; Albin-Michel,1954);
- Vivre à Madère(Grasset,1953;
Albin-Michel,1954);
- Matinales, dédié à André
Sabatier (Albin-Michel,1956) ;
- Le Ciel dans la fenêtre, dédié à
Roger Nimier (Albin-Michel,1959, La Table Ronde,1998);
- Femmes - contes choisis et quelques images,
dédié à Camille Belguise (Albin-Michel,1961) ;
- Détachements, Paris, édit.td -Jean-Paul
Caracalla- (1962; Albin-Michel,1969) ;
- Demi-jour - suite et fin du Ciel dans la fenêtre
(Albin-Michel,1964);
- Catherine (Albin-Michel,1964) ;
- Propos comme ça (Grasset,1966).
Voyages :
- Le Portugal que j'aime, préface, légendes de
Paul Morand (éditions Sun,1963).
Correspondance : Il a écrit quelque 20 000
lettres. Celles sur
papier quadrillé sont sincères, tandis que dans celles
sur papier
blanc, il mentait. Ses amis connaissaient cette convention.
- Ce que je voulais vous dire aujourd'hui, avant-propos de
Paul Morand (Grasset,1969);
- Lettres à Roger Nimier, 1950-1962 (Gallimard,1984);
- Correspondance Chardonne/Paulhan, 1928-1962,
préfacée par François Sureau (Stock,1999); la
plupart des lettres de Paulhan n'ont pas été
conservées par Chardonne ;
Sur
celle échangée avec Morand, cf. Franck Dufay,
Chardonne-Morand, Conversation entre deux crocodiles
("Le Point" n°1446 - 2/06/2000) ; ils en interdirent la
publication de
leur vivant et déposèrent en 1967 à Lausanne
plusieurs milliers de
lettres, « monument d'abandon et de style sec »
encore inédit, et Dialogue de deux crocodiles nostalgiques,
propos de F.D. recueillis par Patrick Kéchichian (Le Monde du
23/02/2001) : « un délice d'esprit et de
mordant, un des sommets du
genre épistolaire ».
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