Terug naar moderne literatuur
Groupe de Barbezieux.


Le groupe de Barbezieux réunit des écrivains de trois familles charentaises, Fauconnier, Boutelleau et Delamain, qui furent amis d’enfance dans la ville de Barbezieux (Charente). Bien qu'on ait parlé parfois d'une école de Barbezieux, ils ne partageaient pas nécessairement les mêmes vues.

Fauconnier :

  • Henri Fauconnier, prix Goncourt 1930 pour le roman Malaisie,
  • Geneviève Fauconnier, prix Fémina 1933 pour le roman Claude.

Boutelleau :

  • Germaine Boutelleau (1876-1956), qui épousa Jacques Delamain,
  • Jacques Boutelleau (1884-1968), qui prit plus tard le nom de plume de Jacques Chardonne.

Delamain :

  • Jacques Delamain, l’écrivain des oiseaux,
  • Robert Delamain,
  • Maurice Delamain, le co-directeur des Éditions Stock avec Jacques Chardonne de 1921 à 1959,

On peut y joindre :

  • François Fontaine, gendre d’Henri Fauconnier.

Henri Fauconnier

est un écrivain français du XX e siècle, né à Musset, Barbezieux (en Charente) le 26 février 1879, mort à Paris le 14 avril 1973, et enterré à Barbezieux. Il est connu principalement pour son roman Malaisie, qui lui valut le Prix Goncourt 1930. Il est également l’auteur de quelques tableaux et morceaux de musique. Il fait partie du groupe de Barbezieux. meer...


Henri Fauconnier, "Visions"
Stock 1938
Broché, in redelijke staat, 297 blz.
Bestelnummer #2328
€ 3,50

Jacques Chardonne

Jacques Chardonne, de son vrai nom Jacques Boutelleau, né à Barbezieux le 2 janvier 1884 et mort à La Frette-sur-Seine le 29 mai 1968, est un écrivain français.

Il fait partie du Groupe de Barbezieux avec Geneviève Fauconnier, Henri Fauconnier, Maurice Delamain, Jacques Delamain, Germaine Boutelleau sans que ce groupe « géographique » partage les mêmes vues.

Considéré comme un auteur de droite, il est avec Paul Morand un des pères spirituels de ceux qu'on a appelés « Les Hussards », les écrivains Roger Nimier, Jacques Laurent, Antoine Blondin et Michel Déon.  meer...


Jacques Chardonne, " Romanesques"
Librairie Stock 1937
Fraai ingebonden, leer en karton, goud op snee,
kleine onregelmatigheid voorzijde karton,
overigens in goede staat, 234 blz.
€ 12,50

En 1921, la publication de L’Epithalame, son premier roman, fut saluée par les plus grands critiques. Ce succès hisse immédiatement Jacques Chardonne parmi les auteurs les plus en vue de son époque. On souligne alors l'originalité du thème conjugal à une époque où la littérature se complaît dans les amours clandestines ou les passions dévorantes. Jacques Chardonne devient le romancier du couple.
En effet, tout au long de son œuvre romanesque, Chardonne déclinera le sentiment amoureux dans toutes ses figures : le divorce dans Le Chant du bienheureux (1927), l’illusion sentimentale dans Eva (1930), la mort de l’être aimé dans Claire (1931), l’amour-passion dans Romanesques (1938)… Les Destinées sentimentales, où malgré tout l’amour illumine la vie, représentent la seule parenthèse réellement heureuse dans une œuvre marquée par la demi-teinte, le doute et la mélancolie.

Jacques Chardonne, "Attachements"
Librairie Stock 1944
Broché, in redelijke staat, 234 blz.
Bestelnummer #2207
€ 4,50

Jacques Chardonne, "L'épithalame"
Le Livre de Poche 1972
Pocket, in redelijke staat, 447 blz.
Bestelnummer #5302
€ 3,00


Jacques Chardonne, "Claire"
Le Livre de Poche 1966
Pocket, in redelijke staat, 191 blz.
Bestelnummer #3888
€ 3,00

Grand Prix du Roman 1932

Vervolg Henri Fauconnier

À Barbezieux

Dans un milieu cultivé, artistique et catholique, six enfants, leurs cousins et leurs amis, vivent très libres dans le grand jardin et les chais de Musset. Henri Fauconnier est l’aîné et l’inspirateur de la bande. Jacques (le futur Chardonne) vient tous les jours. On joue et on écrit beaucoup. Un journal est publié, des revues théâtrales sont jouées sur la place du château, dont les textes et la musique sont écrits par Henri. Henri et Jacques savent qu’ils seront écrivains. En 1901, à la mort du père, longtemps malade, l’aisance a fondu chez les Fauconnier. Henri termine son droit à Bordeaux puis, refusant une place chez son oncle, part en Angleterre où il enseigne pendant deux ans le français et la musique dans le petit collège de Wells House. C’est là qu’un article de revue attire son attention : il paraît qu’on peut faire fortune à Bornéo en plantant des sagoutiers. L’idée prend corps. S’il veut écrire, il lui faut d’abord s’assurer des loisirs et, pour cela, le plus facile est de faire fortune. Par son ami Jacques, il rencontre deux jeunes français volontaires pour l’aventure.

En Malaisie

Le départ a lieu de Marseille le 10 Mars 1905. A l’escale de Singapour, un mois après, ils décident d’abandonner Bornéo pour les plantations de caoutchouc de Malaisie, plus prometteuses. Fauconnier obtient de faire un stage à ses frais chez un planteur de Klang (près de Kuala-Lumpur) pour y apprendre le métier et les deux langues indispensables, malais et tamil. En Août, il découvre le terrain de leur future plantation, dans les terres fertiles et lointaines situées sur les collines, au-delà de la rivière Selangor. Il en obtient une concession de 600 hectares et s’installe à Rantau Panjang au début de 1906 où il fait construire sa première « Maison des Palmes ». Fauconnier aime tout, les gens, les lieux, les paysages, son énorme travail, le climat, sa vie et la vie. Et tout lui réussit. Sa mère mobilise pour lui les fonds russes destinés à « doter » ses jeunes sœurs. Grâce à ces 20.000 francs, et aux fonds que son ami Jacques met dans ses affaires, la plantation va de l’avant et il en devient le principal propriétaire. En 1908, il fonde à Bruxelles la « Plantation Fauconnier & Posth », avec l’aide financière d’un banquier belge Adrien Hallet. Il a converti tout ce qu’il avait en actions et en parts de fondateur. Des amis de Charente l’ont rejoint et l’aident à étendre ses plantations. La fortune lui arrive alors, avec le doublement du prix du caoutchouc en deux ans et le triplement de la valeur de ses actions dans la seule année 1910. Fauconnier est alors Directeur général des plantations du groupe Hallet en Extrême-Orient (Sumatra, Java, Indochine et Malaisie). En 1911, sur une idée d’Hallet, il envoie de Sumatra en Malaisie quelques sacs de graines de palmiers à huile (Elaeis Guineensis) qui seront à l’origine des immenses plantations de la Malaisie. Lui-même établira à Tennamaram, près de Rantau-Panjang, pour sa sœur Marie, la première plantation de palmiers à huile de Malaisie. Après plusieurs séjours en Malaisie sa famille est venue le rejoindre pour s’y établir. Fauconnier sent alors qu’une page est tournée : cette réussite matérielle qu’il a voulue, qu’il a conquise dans la joie par un immense travail, lui suffit. C’était un moyen et non une fin. En gardant un œil sur les plantations, il va s’arranger pour déléguer ses pouvoirs et se consacrer enfin à son envie d’écrire. Il y a longtemps qu’il a un livre en tête sur le bonheur de vivre en Malaisie.

La guerre de 1914-1918 et le mariage

Mais la guerre éclate. Personne là-bas ne s’y attendait. Les français des plantations s’engagent aussitôt, laissant les femmes qui les attendront là-bas jusqu’à leur retour prochain, à Noël. Fauconnier va se marier (avec Madeleine Meslier, sœur d’un planteur, ami d’enfance de Barbezieux), mais refuse au Consul de France de rester sur place pour garantir la production du caoutchouc. Le mariage et la guerre complèteront son ouverture sur la vie et son expérience de futur écrivain. Après quelques mois passés dans un dépôt de Périgueux (un véritable « dépotoir » où règnent la crasse, la bêtise, le règlement et l’incurie militaires), il arrive sur le front où il participera comme deuxième classe à la plupart des grandes batailles sauf pendant deux périodes, sa formation à l’école d’officier de Mourmelon en fin 1916 et sa permission en Malaisie (après son mariage en Charente en mars 1917). De là il sera détaché quelques mois en Indochine, auprès des tirailleurs annamites, pour assister Auguste Chevallier à créer des cultures stratégiques. A l’automne 1917, on le réclame en France comme interprète auprès de l’armée anglaise. Il laisse à Saïgon sa femme enceinte et malade. (En Méditerranée, son bateau sera torpillé sans qu’il coule quand elle reviendra avec sa fille en Avril 1918.) Pendant toute la guerre, Fauconnier a maudit les Européens et rêvé d’être en Malaisie. En 1998, ses Lettres à Madeleine, 1914-1918 seront publiées par les Editions Stock.

En Tunisie

La lente écriture de Malaisie. Dès sa démobilisation, Fauconnier dépose sa femme en Suisse, près de Chardonne (où habite encore son ami Jacques). Elle est menacée de tuberculose. Puis il part rejoindre des plantations qui ont besoin de lui et qu’Hallet souhaite agrandir et réorganiser. Il veut en même temps vérifier s’il est capable ou non d’écrire ce livre auquel il pense depuis si longtemps. Il fait plusieurs voyages d’inspection jusqu’en 1928 (Malaisie et Indochine), obligé d’abord, par une longue crise du caoutchouc, d’y rester travailler pour vivre. Puis, afin de s’assurer de revenus plus stables, il accepte des postes d’administrateur dans plusieurs sociétés de plantations tropicales. Constatant qu’il n’aime ni Paris ni le climat de la France, il s’installe à Radès, près de Tunis, en 1925, compromis d’éloignement et de climat entre la Malaisie et la Charente. « La Terrasse » est une grande maison basse de style arabe entourée d’un immense jardin. Son livre avance, mais lentement.

Malaisie et le prix Goncourt

Au début de 1930, Jacques Boutelleau, qui a pris le nom de Jacques Chardonne à son premier roman, L’Epithalame, publié en 1921, offre à Jean Paulhan de faire paraître Malaisie dans les cahiers de la N.R.F. Ils sont tous les deux enthousiastes des chapitres que leur a montrés Fauconnier. Jacques n’a jamais cessé d’avoir une grande admiration pour son ami Henri (qui avait cinq ans de plus). Il avait tout tenté pendant la guerre pour le faire sortir des tranchées. Maintenant, il veut si fort pour lui le prix Goncourt qu’il est à la limite d’indisposer, et son ami, et le jury du Goncourt. Le succès populaire et d’estime de Malaisie (édité chez Stock) est considérable et la presse très favorable, même avant l’attribution du prix[1].
Henri Fauconnier a besoin de paix et de temps pour écrire. Il n’est pas assommé ou perturbé par la célébrité qui suit sonPrix Goncourt. Mais son temps lui est mangé. Il ne veut renoncer à rien, ni à sa famille et ses amis, ni à la lecture, à la musique, au jardinage, au tennis, aux échecs, aux jeux avec ses enfants, à la flânerie et à sa correspondance. Etre écrivain n’est pas pour lui prioritaire. Il se voit plutôt comme « homme de lettres » et, en jouant sur les mots, il est vrai que ses lettres montrent toutes ses qualités d’épistolier. (Ses correspondances avec Chardonne et avec son frère et ses soeurs mériteraient d’être publiées.) Cependant il apprécie beaucoup les rencontres ou les échanges de lettres qu’il a avec des écrivains (Jean Amrouche, Georges Bernanos, Henri Bosco, Jean Cocteau, Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Alfred Fabre-Luce, Paul Géraldy, André Gide, Jean Giono, Jean Guéhenno, A. Guibert, Henri de Keyserling, Roger Martin du Gard, Maurice Maeterlinck, Jean Paulhan, Romain Rolland, Jean Schlumberger,...). Et il a la joie de voir décerner, en 1933, le prix Fémina à sa sœur Geneviève pour son roman Claude, qui fut aussi un grand succès de librairie. (Avec deux autres livres de Geneviève Fauconnier, Trois petits enfants bleus et Les étangs de la Double, Claude a été réédité en 1995 par Le Croît Vif.) Le cas est unique en France d’un frère et d’une sœur, prix Goncourt et prix Fémina. Cela mérite d’être souligné.

Visions

Fauconnier avait détesté le traité de Versailles. Il savait que l’Europe prenait ainsi l’énorme risque de voir recommencer l’ignoble guerre de 1914-18. Au cours des années trente, bien que Malaisie lui donne les moyens de franchir dans l’aisance les années de la grande crise, son moral est très atteint par la montée de l’hitlérisme, par le fascisme italien et la conquête de l’Abyssinie et par la guerre civile espagnole. En Octobre 1938 il publie, chez Stock encore, un recueil de Nouvelles donnant quelques Visions de sa vie passée (La Dame, Noël Malais, Inde Dravidienne, Barbara, Les Asphodèles et Vision). La critique en est aussi bonne que pour Malaisie mais les lecteurs pensent davantage aux menaces de guerre. Craignant les visées de Mussolini sur la Tunisie, la famille quitte La Terrasse en été 1939 pour s’installer à Musset.


La guerre de 39-45 et les dernières années

La vie n’est pas facile pendant l’occupation. Les enfants ont grandi et Fauconnier, malgré les réserves qu’il avait rapatriées en France, se voit progressivement coupé de ses ressources (Belgique, Angleterre, Malaisie, Indochine). Il n’a plus l’envie ni le courage d’écrire. Le froid et le ravitaillement sont les soucis majeurs. Son ami Jacques multiplie ses lettres en imaginant pouvoir le convaincre de la victoire des Allemands. Lui préfère écouter la B.B.C. L’après-guerre aussi est difficile, mais en 1947 il accepte d’être le chef du « Groupe des Ecrivains Fédéralistes » pour les « Etats-Unis d’Europe ». En réconciliant les peuples, on empêchera peut-être les gouvernements de prétendre être investis de missions nationalistes.
En 1957, la Société de plantations qui avait englobé son affaire (la SOCFIN du groupe Rivaud) lui offre un voyage du souvenir en Malaisie. L’ancien pionnier en lui est ravi, mais, climatisée et asphaltée, ce n’est plus « sa » Malaisie d’antan. Il s’installe alors dans une vieillesse tranquille et active, jouant au tennis et aux échecs, jardinant et nageant, rêvant un moment de reprendre son Malaisie II et tenant toujours sa correspondance. Il partage son temps entre la Côte d’azur, Paris (qu’il aimerait fuir mais où habitent enfants et petits-enfants) et la Charente. Mort à Paris en avril 1973, il est enterré à Barbezieux. Son seul vœu fut que Musset soit conservé dans la famille.


Œuvres

  • Malaisie, Stock, 1930, Prix Goncourt. Réédité en permanence depuis.
  • Visions, Stock, 1938,
  • Nouvelles (La Dame, Noël Malais, Inde Dravidienne, Barbara, Les Asphodèles, Vision).
  • Noël Malais suivi de Barbara, Stock, 1941, Illustré par Charles Fauconnier.
  • Le Bonheur de Barbezieux (de Jacques Chardonne) suivi de La Dame d’Henri Fauconnier, Stock, 1943, Illustré par André Jordan.
  • Lettres à Madeleine, 1914-1918, Stock, 1998. (Lettres que Fauconnier écrivit à sa fiancée puis à sa femme pendant la guerre de 14-18.)
Source: Wikipedia




Vervolg Jacques Chardonne


Famille

Son père, Georges Boutelleau, issu d'une famille de négociants de cognac, était lui-même écrivain. Poète amateur, il fut encouragé par François Coppée et par le célèbre écrivain rochefortais Julien Viaud, dit Pierre Loti, qu'il reçut dans sa grande maison patricienne de Barbezieux.

Son fils se souviendra plus tard être allé enfant avec son père chercher le célèbre écrivain venu pour une réception, à la gare de Barbezieux, et en dira plus tard qu'« il n'était à l'aise ni dans la vie, ni dans la gloire »...

Georges dira à son fils : « La littérature, ce n'est pas un métier, c'est un secret ».

Sa mère, quaker d'ascendance américaine, appartenait à la célèbre « tribu porcelainière » des Haviland de Limoges.

"Enfant j'aimais Jaurès, et je lisais ce qu'il écrivait. Vers 1910, je l'ai connu et l'ai vu souvent jusqu'à sa mort (...) il a prophétisé des sombres choses qui n'ont pas manqué d'arriver. Ces idées m'ont marqué à jamais." (Lettre à J.Paulhan, 6 février 1947, op.cit. p. 129) .

Son fils unique Gérard (Paris, 27 mai 1911 - 2 novembre 1962), également romancier, fut déporté en mars 1943 au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen et libéré grâce à l'intervention du lieutenant Gerhard Heller[1].

Son père dira de cet épisode : « (il) est resté 6 mois à Oranienburg (...) Ce n'était pas rose. Mais ils sont revenus, je dois le dire, avec fort bonne mine » [2].

En 1944 Gérard Boutelleau devint rédacteur en chef de l'hebdomadaire Carrefour, créé par une équipe proche des démocrates-chrétiens, puis vers 1950 orienté plus à Droite, pour cesser de paraitre en 1977; à ce titre entra en relations avec l'écrivain Jean Paulhan, qui correspondit avec son père de 1928 à 1962.



Avant la Guerre 

Après avoir été le secrétaire de l'éditeur Pierre-Victor Stock en 1921, il racheta cette prestigieuse maison en association avec son ami Maurice Delamain et devint le codirecteur de la "Librairie Stock, Delamain et Boutelleau", devenu propriété du groupe Gallimard.

"ll faut dire au comte de Paris qu'un éloge royal est, entre tous, délicieux. Viendrait-il du diable, l'éloge serait encore bon. S'il veut me séduire tout à fait, il doit exterminer son aile gauche, cette bande de jeunes chenapans bolchevicks-royalistes : Brasillach, Thierry Maulnier, Claude Roy; et même les vieux : Gaxotte, Varillon, etc."

(lettre à J.Paulhan, 26 avril 1940, op. cit. p.110).



Sous l'Occupation 

"Ici occupation correcte, douce, très douce. Mais j'espère que nous souffrirons. J'accepte tout du fond du coeur. Je sens le bienfait de l' "épreuve", la toute-puissance de l'évènement. Une immense folie est dissipée (...) j'ai l'horreur de ce que nous étions. Je ne déteste pas l'Allemand mais le Français d'hier, moi, l'Anglais (l'Anglais surtout qui me devient odieux, avec son Churchill dément), frivole et vantard. La censure elle-même me sera bonne. Nous ne voulons pas être nazis, et personne, je crois, n'attend cela de nous. Mais je peux comprendre leur leçon. Derrière cette force matérielle, il y a des forces morales très grandes. La débâcle anglo-française est une débâcle morale".

(Lettre à J.Paulhan, 6 juillet 1940, de La Maurie (op.cit., p.114), où les Boutelleau vécurent jusqu'à fin août, d'où "L'été à La Maurie" - tiré de "Chronique Privée de l'an 40" - qui sera publié par la N.R.F. en décembre).


Culturellement germanophile, il répond à l'invitation de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, en octobre 1941, avec sept autres écrivains français tels Pierre Drieu La Rochelle, Marcel Jouhandeau et Robert Brasillach, et séjourne en Allemagne pour le Congrès des écrivains européens de Weimar, dont il revient enthousiasmé, voire pro-hitlérien.

On le voit également ardent pétainiste : " Il n'y pas de "pauvre" gouvernement de Vichy. Il n'y a que des pauvres français. Pétain est le seul grand. Je le trouve sublime. Il est toute la France. Je vomis les juifs, Benda, et les Anglais - et la Révolution française". C'est une grande date que 1940. Et qui doit beaucoup à 1918. Je suis sûr que vous verrez un jour dans quelle erreur nous étions". (lettre à J.Paulhan, novembre 1940, op.cit. p.116).

En 1942, alors que d'autres déclinent prudemment une nouvelle invitation, il accepte de présider un second voyage outre-Rhin, toujours avec Pierre Drieu La Rochelle.

Il écrit alors Chronique privée de l'an 40 (1940) - dont il regretta la parution - et dans diverses revues nazies, comme Deutschland Frankreich.

"Vous avez lu "La Paix" de Junger, j'espère. c'est là ce que j'ai toujours cru, ma "politique" et mes "alliés" seulement j'ai mal choisi mon moment pour le dire". (lettre à Paulhan du 13 mai 1948, op. cit. p.147).

Le sculpteur allemand Arno Breker, venu exposer ses œuvres à Paris en 1942, dit de lui qu'il « fut toujours ouvert à l'esprit allemand » et qu'il eut le courage « de voir, derrière le soldat qui entrait à Paris, le partenaire de demain ».

"Je me suis rapproché du Rhin, que je ne traverserai plus jamais. Au-delà se passent des choses qui me soulèvent le coeur". (lettre à J.Paulhan, 22 août 1948, op.cit. p.153).



Après la Guerre 

À la Libération, il craignait d'être fusillé pour son engagement vichyste.

Arrêté à Jarnac (comme son éditeur Bernard Grasset dont la maison y était repliée, qui fut jugé par le Conseil National des Ecrivains (C.N.E.), commission d'épuration de l'édition, qui en 1946 le "suspenda de sa profession pour entente avec l'occupant", le 12 septembre 1944, il fut conduit à la prison de Cognac où il resta pendant quelques semaines et côtoya quelques notables compromis et collaborateurs, avant d'être placé en résidence surveillée.

Ses livres furent interdits de vente et de fabrication, mais en mai 1946 il bénéficia d'un non-lieu à la suite des déclarations de son fils et de Paulhan[3].

" Le tribunal de Versailles, pendant deux ans, a examiné mon cas. Il était présidé par un communiste et le juge d'instruction était un juif. Ils ont jugé qu'il n'y avait rien à retenir contre moi; et je crois bien avoir été le seul (dans ces circonstances) qui a été proclamé sans reproche". (lettre à Robert Boisnier du 1er septembre 1965 - n°228 du cat. de la vente du 25 octobre 2003).

"Les "gens de gauche" reprennent pour leur compte le jeu des gens de droite. La patrie n'a jamais servi qu'aux passions et aux intérêts privés. Elle est toujours trahie". (lettre à J.Paulhan du 11 mai 1947, op.cit. p.131).


Le 30 juin 1956, il accepta de prononcer un discours pour la distribution des Prix du collège de Barbezieux.

"Je continue d'écrire. Je refuse l'Académie. Et on me couvre de fleurs, comme une tombe". (lettre à Robert Boisnier du 15 janvier 1960 - idem.).


En 1966, ayant adressé son dernier livre paru à Charles de Gaulle, Président de la République, celui-ci,"remettant la politique à sa juste place" selon Ginette Guitard-Auviste (op.cit.) le remercia ainsi par lettre du 9 avril (archives A.A.J.C.):

«  vos Propos comme ça m'enchantent. J'admire l'ampleur et la désinvolture de votre pensée. Je goûte votre style pur et sans accessoire. »

, dont Chardonne fut ému et assez fier pour la montrer à son entourage...

Le chef de l'Etat fut cependant pour lui une "cible" de choix dans la longue correspondance - inédite mais consultable depuis 2000 à la bibliothèque de Lausanne - qu'il entretint avec Paul Morand de 1952 à 1968, "tout en se montrant (plus) vulnérable aux côtés monarchistes et droitiers du grand homme" (François Dufay, op.cit., p.128), et où, face à l'antisémitisme haineux de Morand, "il joua les philosémites avec des arguments sentant leur antisémitisme, vantant Léon Blum, Raymond Aron, tout en pestant contre les métèques qui envahissent sa banlieue" (idem., p.140).

G.Guitard-Auviste défend Chardonne de "racisme d'aucune sorte, ni racial (sic) ni social".[4].

En 2004, c'est "en raison de cette attitude condamnable sous l'Occupation"[5] que quelques conseillers régionaux socialistes de Poitou-Charentes estimèrent nécessaire de débaptiser les deux salles de l'Hôtel de Région auxquelles son nom avait été donné en 1986, cette collectivité territoriale étant alors dirigée par le camp politique adverse.

"Semblant réticent aux honneurs, il écrivit ses dispositions concernant son testament : pas de rue, pas de plaque avant son décès". (lettre à Robert Boisnier du 1er septembre 1965 - idem.).

Le 7 avril 1984, une cérémonie pour le centenaire de sa naissance fut organisée à Barbezieux, une rue à son nom inaugurée, et une plaque posée sur la façade de sa maison natale.



Œuvre 

Dès son premier livre, L'Épithalame (1921), il se révèle comme un romancier du couple, « ce curieux assemblage de deux êtres, qui ne laisse personne en repos ». Viennent ensuite Les Varais (1929), puis Eva (1930) et Claire (1931) qui reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1932. Puis dans L'Amour du Prochain (1932), il offre avec finesse, en romancier et moraliste, des descriptions mélancoliques.

Il a écrit quelque 20 000 lettres; celles écrites sur papier quadrillé sont sincères, tandis que dans celles sur papier blanc, il mentait. Ses amis connaissaient cette convention.

François Mitterrand né à Jarnac, a exprimé son admiration pour l'écrivain, « autre gloire charentaise et styliste-hobereau[6] ».

Il prit comme nom de plume celui de la commune suisse de Chardonne-sur-Vevey, où il séjourna et écrivit un certain temps.



Bibliographie


Œuvres de Jacques Chardonne

Les bibliographies de Chardonne et de sa seconde épouse, Camille Belguise (1894-1980), dues à la libraire Caroline C.Tachon, ont été publiées dans le 19e et dernier cahier annuel de "l'Association des Amis de Jacques Chardonne" (A.A.J.C.), dissoute le 25/05/1998, jour du 30e anniversaire de sa mort.

  • L'Épithalame (Paris, librairie Stock et Vienne, Larousse,1921; Grasset,1929; Ferenczi,1933; Albin-Michel,1951; S.C. Edit. Rencontre, Lausanne, 1961; L.G.F., 1972; Albin-Michel, 1987) ;
  • Le Chant du Bienheureux(Librairie Stock,1927 ; Albin-Michel, 1951) ;
  • Les Varais, dédié à Maurice Delamain (Grasset,1929; Ferenczi et fils,1932; Albin-Michel,1951; Grasset,1989);
  • Eva ou le journal interrompu, dédié à Camille Belguise, sa seconde épouse (Grasset,1930 ; Ferenczi et fils,1935; Albin- Michel,1951; Gallimard,1983) ;
  • Claire, dédié à Henri Fauconnier (Grasset,1931; Ferenczi et fils,1936; Piazza,1938; Albin-Michel,1952; club du Livre du Mois,1957 ; Rombaldi,1975; Grasset,1983);
  • L'Amour du Prochain, dédié "à mon fils Gérard" (Grasset, 1932; La Jeune Parque,1947; Albin-Michel,1955);
  • Les Destinées Sentimentales (Grasset,1934-1936) trilogie :
  • La Femme de Jean Barnery, dédié à Jacques Delamain ( idem., 1934);
  • Pauline(idem., 1934);
  • Porcelaine de Limoges (idem,1936; Grasset,1947; Albin-Michel,1951, L.G.F.,1984)

En 1999, ce roman a été adapté par le cinéaste Olivier Assayas, avec Charles Berling, Isabelle Huppert et Emmanuelle Béart.

  • Romanesques, dédié à Paul Géraldy (Stock,1937; édit. Colbert et Stock,1943; Albin-Michel,1954; La Table Ronde,1996);
  • Le Bonheur de Barbezieux, dédié à Marcel Arland (Stock,1938,1943; Monaco, édit. du Rocher,1947; Albin-Michel,1955, Stock,1980) ;
  • Chronique Privée, dédié "à ma fille France" (Stock,1940) ;
  • Chronique privée de l'an 40, dédié à Maurice Delamain (idem.) ;
  • Voir la Figure - Réflexions sur ce temps, dédié "à mon ami André Thérive(...)souvenirs de l'année 1941 à Paris" (Grasset, 1941) ;
  • L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour, dédié "à Jean Rostand son ami" (Stock,1937,1941; Albin-Michel,1957, puis 1992);
  • Attachements - Chronique privée (Stock,1941, Albin-Michel,1955);
  • Le Ciel de Nieflem, 1943. « qu'il détruit sur le point d'être publié. Il en interdit à jamais toute publication » (Caroline Hoctan - présentation de la correspondance Chardonne/Paulhan, op.cit., p.22). Extraits publiés dans les "cahiers Jacques Chardonne" 2 et 3 ;
  • Chimériques (Monaco, édit. du Rocher,1948 et 1992; Albin-Michel,1954);
  • Vivre à Madère(Grasset,1953; Albin-Michel,1954);
  • Matinales, dédié à André Sabatier (Albin-Michel,1956) ;
  • Le Ciel dans la fenêtre, dédié à Roger Nimier (Albin-Michel,1959, La Table Ronde,1998);
  • Femmes - contes choisis et quelques images, dédié à Camille Belguise (Albin-Michel,1961) ;
  • Détachements, Paris, édit.td -Jean-Paul Caracalla- (1962; Albin-Michel,1969) ;
  • Demi-jour - suite et fin du Ciel dans la fenêtre (Albin-Michel,1964);
  • Catherine (Albin-Michel,1964) ;
  • Propos comme ça (Grasset,1966).

Voyages :

  • Le Portugal que j'aime, préface, légendes de Paul Morand (éditions Sun,1963).

Correspondance : Il a écrit quelque 20 000 lettres. Celles sur papier quadrillé sont sincères, tandis que dans celles sur papier blanc, il mentait. Ses amis connaissaient cette convention.

  • Ce que je voulais vous dire aujourd'hui, avant-propos de Paul Morand (Grasset,1969);
  • Lettres à Roger Nimier, 1950-1962 (Gallimard,1984);
  • Correspondance Chardonne/Paulhan, 1928-1962, préfacée par François Sureau (Stock,1999); la plupart des lettres de Paulhan n'ont pas été conservées par Chardonne ;

Sur celle échangée avec Morand, cf. Franck Dufay, Chardonne-Morand, Conversation entre deux crocodiles ("Le Point" n°1446 - 2/06/2000) ; ils en interdirent la publication de leur vivant et déposèrent en 1967 à Lausanne plusieurs milliers de lettres, « monument d'abandon et de style sec » encore inédit, et Dialogue de deux crocodiles nostalgiques, propos de F.D. recueillis par Patrick Kéchichian (Le Monde du 23/02/2001) : « un délice d'esprit et de mordant, un des sommets du genre épistolaire ».






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