Pierre Benoit
né le 16 juillet 1886 à Albi (Tarn) et mort le 3 mars 1962 à Ciboure (Pyrénées-Atlantiques), est un écrivain et académicien français, dont les romans d'aventures, au premier rang desquels L'Atlantide, ont connu un succès considérable dans la première moitié du XXe siècle.
Fils d'un officier de carrière, Pierre Benoit est né à Albi,
où son père est alors en garnison. Bien qu'il n'y ait vécu que la
première année de son existence, Benoit estimait avoir conservé un lien
privilégié avec cette ville, et surtout avec sa cathédrale, en laquelle
il voyait l'une des sources de son inspiration romanesque. C'est ainsi
qu'il expliquera dans un texte de 1956 qu'« une parabole n'aura jamais
cessé de hanter [son] imagination : celle des vierges folles et des
vierges sages » :
« Elles étaient là, peintes au faîte de ma cathédrale, ce matin de
juillet 1886 où l'on déposait le sel du sacrement de rédemption sur les
lèvres de l'enfant dont les yeux n'étaient même pas encore ouverts à la
lumière. S'il ne pouvait, lui, les contempler, elles l'avaient, elles,
déjà entrevu. Elles savaient que le temps n'était plus loin où il ne
vivrait plus que pour elles. Pour le meilleur et pour le pire, elles
seraient, les unes et les autres, ses inséparables compagnes, les
animatrices, faibles ou fortes, des intrigues qu'elles seraient par lui
chargées de dénouer, à bon ou à moins bon escient.
Il accompagne ensuite son père, affecté à partir de 1887 en Afrique du Nord (en Tunisie puis en Algérie.) En 1907, après avoir accompli son service militaire (en Algérie toujours), il se rend à Montpellier, où il prépare une double licence de lettres et de droit, puis à Sceaux,
où il devient maître d'internat. C'est à cette
époque qu'il découvre, en assistant à leurs
conférences,Charles Maurras et Maurice Barrès, qui deviennent, et resteront, ses maîtres à penser.
En 1910, Pierre Benoit est reçu au concours du ministère de
l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Il publie à la même époque
ses premiers poèmes, pour lesquels il obtient un prix de la Société des gens de lettres[4]. Il sera en revanche moins heureux avec la publication du recueil Diadumène
(1914) : en dix ans, il ne s'en écoulera, dit-on, que cinq exemplaires,
vendus à un acheteur unique, le mécène André Germain,directeur de la
revue poétique Le Double Bouquet.
Mobilisé au début de la Première Guerre mondiale, Benoit tombe gravement malade après la bataille de Charleroi :
il passe plusieurs mois à l'hôpital, puis est démobilisé. Cette
expérience du front aura toutefois été suffisamment traumatisante pour
transformer en pacifiste convaincu le jeune homme qui, dans une lettre
qu'il envoyait à sa mère en 1914, lui confiait son enthousiasme à
l'idée de participer à une « guerre sainte.
Il retrouve après l'armistice ses compagnons
d'avant-guerre : Francis Carco, Roland Dorgelès et Pierre
Mac Orlan, avec lesquels il fonde une association :
« Le Bassin de Radoub » (Henri Béraud
en fait également partie), qui se propose notamment de
récompenser le
plus mauvais livre de l'année. Le prix en est, pour l'auteur de
l'ouvrage primé, un billet de train pour rejoindre sa terre
natale
accompagné d'une lettre où il lui est demandé de
ne plus jamais en
revenir. En 1919, l'ouvrage choisi, à l'unanimité, est
une œuvre
collective : le Traité de Versailles.
Par ailleurs, toujours maurassien et donc proche des cercles politiques qui gravitent autour de L'Action française,
Pierre Benoit apporte la même année son soutien au
manifeste « Pour un parti de l'intelligence » de
Henri Massis.
Premiers romans et premiers succès
À ce moment, Pierre Benoit n'est plus seulement le poète néo-romantique
qu'il était avant la guerre : il a fait une entrée
remarquée dans le monde des romanciers en vogue, avec Kœnigsmark (1918), dont le succès public est considérable, et qui manque de peu l'obtention du Prix Goncourt (il était soutenu par André Suarès et Léon Daudet.) L'Atlantide, publié l'année suivante, est un succès de librairie plus fulgurant encore. L'écrivain catholique Louis Chaigne
analysera en 1936 les raisons de l'engouement du public pour ce roman
colonial par la conjoncture historique dans laquelle il a paru :
« L'Atlantide est le livre que beaucoup attendaient pour
sortir du cauchemar des terribles années vécues dans la boue et sous
les obus et pour s'appuyer avec douceur sur des jours plus sereins.
Soutenu activement par Maurice Barrès, le livre de Pierre Benoit reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française pour 1919.
De 1920 à sa mort, et au rythme d'environ un par an, Pierre Benoit publie une quarantaine de romans aux éditions Albin Michel, s'imposant comme le maître du roman d'aventures, bien qu'il ne dédaigne pas d'aborder d'autres domaines romanesques, comme avec Mademoiselle de la Ferté,
« la plus littéraire et la plus profonde de ses
œuvres », et considérée pour cette raison
comme son chef-d'œuvre.
L'écrivain globe-trotteur
Malgré le succès, Pierre Benoit s'ennuie à son poste de
bibliothécaire au ministère de l'Instruction publique et multiplie les
frasques : c'est ainsi qu'il organise une course de tortues au Palais Royal, puis, en 1922, son faux enlèvement par des membres du Sinn Féin,
qui, s'il amuse la presse, scandalise une partie de ses amis
conservateurs, qui voyaient déjà d'un mauvais œil ses nombreuses
aventures galantes.
C'est donc avec enthousiasme qu'il accepte en 1923 la proposition du quotidien Le Journal
de se rendre en Turquie en qualité d'envoyé spécial, qui lui donne
l'occasion de délaisser la fonction publique et de se libérer de sa
compagne de l'époque (Fernande Leferrer). Traversant l'Anatolie en guerre, il va interviewer Mustafa Kémal à Ankara. Il se rend ensuite en Palestine et en Syrie, d'où il apprend avec émotion la mort de Barrès.
De 1923 à 1938, puis de 1947 à 1953, Pierre
Benoit exerce, parallèlement à ses activités
d'écrivain, le métier de grand reporter pour le compte de plusieurs journaux (France-Soir, L'Intransigeant) , qui l'amène à se rendre en Extrême-Orient et en Iran (1926-1927), en Australie, à Tahiti et aux Antilles (1928), en Tunisie (1931), au Liban (1932), dans l'Océan Indien (1933), en Autriche (1938), en Argentine et au Brésil (1950), etc.[17]
À l'occasion de certains de ses déplacements, Benoit
rencontre et interviewe des personnalités politiques de premier
plan :Hailé Sélassié Ier, puis Benito Mussolini en 1935 (il tente en vain de persuader le leader fasciste de ne pas entreprendre d'envahir l'Éthiopie ), Hermann Goering
en 1938 (l'interview, au cours de laquelle le dignitaire nazi
n'évoque que ses œuvres d'art, ne sera pas publiée.)
Après laSeconde Guerre mondiale, il rencontre à deux reprises le dictateur portugais António de Oliveira Salazar, à qui il voue une grande admiration .
Ces nombreux voyages nourriront l'œuvre de Pierre Benoit : tous ses romans, à la seule exception du Lac salé (qui se déroule aux États-Unis), ont pour cadre des pays qu'il a visités[20].
Les reportages qu'il en tire sont également le moyen de défendre, à
chaque fois que l'occasion s'en présente, l'Empire colonial de la
France, défense qui prend moins la forme d'une apologie de l'aventure
coloniale que celle « d'une amitié franco-exotique , et est souvent associée à une solide anglophobie.
L'Académie, le cinéma et la politique
Pierre Benoit devient en 1929 président de la Société des gens de lettres, puis il est élu membre de l'Académie française le 11 juin 1931, le même jour que le général Weygand. Lors d'un banquet organisé à l'occasion de la remise de son épée le 27 septembre suivant à Saint-Céré, dans le Quercy
où, entre deux voyages, il réside depuis 1925 et qui est
devenu son pays d'adoption, il prononce ces mots devant ses amis :
« Entre Dax, berceau des miens, Albi où je suis né, Paris...
je me suis aperçu que Saint-Céré occupait à
peu près le centre du triangle déterminé par ces
trois villes. »
Il est reçu à l'Académie le 24 novembre 1932 par Henri de Régnier pour succéder au 6e fauteuil à Ernest Lavisse et à Georges de Porto-Riche, son successeur, qui n'avait lui-même jamais été reçu.
Les années 1930 sont également celles au cours desquelles Piere
Benoit, dont les romans sont adaptés au cinéma depuis le tout début de
la décennie précédente (une adaptation de L'Atlantide due à Jacques Feyder
est tournée dès 1921), s'intéresse de façon plus régulière au septième
art, et collabore à la mise en images de ses œuvres : c'est ainsi qu'il
écrit les dialogues de La Châtelaine du Liban (de Jean Epstein, 1933), et le scénario de Boissière (de Fernand Rivers, 1937). Il signe également une adaptation du Tarass Boulba de Gogol (réalisé par Alexis Granowsky en 1936), puis au cours de l'Occupation, celles de deux œuvres de Balzac : Le Colonel Chabert (René Le Henaff, 1943) et Vautrin (Pierre Billon, 1943.)
De nombreuses adaptations cinématographiques des romans de Pierre
Benoit seront réalisées jusque dans les années 1950, époque à partir de
laquelle l'intérêt du public pour l'écrivain académicien commence à
faiblir.
Plusieurs de celles qui sont réalisées dans les années 1930 sont,
conformément aux usages de l'époque, réalisées en deux versions : l'une
en français, l'autre en anglais ou en allemand, avec des acteurs
différents (à l'exception en règle générale du rôle principal), mais en
conservant la même photographie, le même découpage et le même montage : c'est le cas notamment pour L'Atlantide de Georg Wilhelm Pabst (1932), dont il existe une version allemande (Die Herrin von Atlantis), avec dans les deux cas Brigitte Helm dans le rôle d'Antinéa, ou encore du Kœnigsmark de Maurice Tourneur (1935), tourné également dans une version anglaise.
Enfin, au cours de cette même période, Pierre Benoit n'oublie pas ses convictions maurrassiennes et monarchistes : il s'engage en 1936 contre le Front populaire,
et est de ceux qui œuvrent à faire élire Maurras à
l'Académie française (ce qui est chose faite le 9 juin
1938.)
La guerre et la Libération
Pierre Benoit a toujours entretenu des rapports ambivalents
avec l'Allemagne, pays qui le « hante depuis [son] enfance. » Dans l'étude qu'il lui a consacrée, l'écrivain flamand Johan Daisne
écrira que Benoit incarnait « l'inimitié
héréditaire entre l'Allemagne à la France et en
[avait] fait une lutte amoureuse. » Témoin de l'Anschluss en 1938 (il est alors à Vienne) l'auteur de Kœnigsmark espère jusqu'au bout en une entente franco-allemande. La défaite de 1940 est pour lui un choc. Il estime que le régime parlementaire est responsable de la débâcle, mais ne s'investit pas pour autant dans le soutien au régime de Vichy,
dont il voit d'un mauvais œil les compromissions avec l'occupant
allemand, et malgré la sympathie que l'ancien combattant qu'il est
éprouve pour le maréchal Pétain, préférant se retirer sur ses terres du Quercy.
En septembre 1944 il est néanmoins arrêté
pour collaboration et est transféré à Fresnes,
avant d'être relâché en avril 1945 après six
mois passés en prison, lavé de tout soupçon.
Il est toutefois interdit de publication pendant deux ans. Jean Paulhan
et Louis Aragon entre autres intercèdent en sa faveur et font
rayer son nom de la liste noire des écrivains.
D'après l'éditeur José Corti, Aragon aurait
lui-même rayé le nom de Pierre Benoit des listes
d'épuration pour que L'Atlantide puisse paraître en feuilleton dans Ce Soir, le quotidien communiste.
Pierre Benoit est néanmoins profondément blessé
par cette épreuve, lui
qui a refusé toute compromission avec le régime de Vichy
(notamment le
poste de directeur du Théâtre-Français que lui
proposait le ministère de l'Éducation nationale en
février 1941) ainsi que la traduction et l'adaptation cinématographique en allemand de ses œuvres.
En 1947, Pierre Benoit, « las des aventures
tempétueuses, épous[e] une jeune femme de la grande
bourgeoisie provinciale. »
Les dernières années
En 1950, Pierre Benoit fête, au Ritz de Paris, la sortie de son nouveau roman, Agriates, qui le fait renouer avec le succès. Signe qu'il est toujours un auteur prisé du public, lorsque la Librairie générale française lance Le Livre de poche en 1953, c'est Kœnigsmark
qui est choisi pour inaugurer la nouvelle collection. Quatre ans plus
tard, en 1957, Pierre Benoit fête son cinq millionième livre vendu, en
même temps que la sortie de son quarantième roman (Montsalvat..) La même année sont publiés les entretiens avec Paul Guimard qu'il a donnés à la radio, sous le titre De Kœnigsmark à Montsalvat.
En 1959, Paul Morand, ami de longue date de Pierre Benoit, est pressenti pour intégrer l'Académie française. Mais le général de Gaulle,
fait rare dans l'histoire de l'Académie française, prévient qu'il
opposera son véto à l'élection de cet ancien ambassadeur de Vichy si
celui-ci était élu. Outré, Benoit démissionne de l'Académie
(démission refusée : en effet, « l’Académie ne reconnaît pas la
démission de ses membres, le démissionnaire étant seulement autorisé,
s’il le souhaite, à ne plus assister aux séances. )
Paul Morand sera finalement élu à l'Académie en 1968, de Gaulle étant
toujours chef de l'État, mais bien après la mort de Pierre Benoit.
Malade depuis des années, Marcelle, la femme de Pierre Benoit, décède le 28 mai 1960.
Pierre Benoit est accablé, et ne parvient pas à se
remettre de cette disparition : il écrit un roman à
sa mémoire, Les Amours mortes (1961, le dernier livre qu'il ait achevé), avant de mourir à son tour le 3 mars 1962.
L'homme et l'œuvre
Des convictions politiques et esthétiques conservatrices
Toute sa vie durant, les idées politiques de Pierre Benoit ont été
celles d'un homme de droite, nationaliste et conservateur, ou plus
exactement réactionnaire[44], dont les convictions ont été forgées par trois maîtres à penser : Charles Maurras, Maurice Barrès et Paul Bourget.
Barrès est sans doute celui qui l'aura le plus marqué : Benoit
admire en lui l'écrivain et l'idéologue attaché à une certaine image de
la grandeur et du rayonnement de la France, exemple qu'il s'efforcera
de suivre lors de ses nombreux voyages à travers le monde[45].
Néanmoins, il reste fidèle à Maurras, notamment en faisant campagne
pour faire élire celui qui avait été son premier maître à penser à
l'Académie française à partir de 1937, campagne qui est aussi
l'occasion pour Benoit de s'élever avec vigueur contre le Front populaire. Il est également proche de l'Action française maurassienne, bien qu'il n'en soit pas un militant, et affiche des convictions royalistes (carliste plutôt qu'orléaniste), tout en admirant le régime autoritaire du dictateur António de Oliveira Salazar. Bien qu'il ait également tenu Philippe Pétain
en haute estime (allant jusqu'à lui rendre hommage dans un discours
prononcé à l'Académie en 1953, lors de l'intronisation du successeur de
ce dernier, André François-Poncet), le nationalisme de Benoit, fortement teinté d'antigermanisme,
le préserve de toute velléité de collaboration, et
il refusera toute compromission avec le régime de Vichy.
Homme d'ordre, épris d'une conception hiérarchique de la société,
indifférent face aux bouleversements techniques de la modernité et plus ou moins hostile aux bouleversements sociaux et politiques qu'ils entraînent,
Pierre Benoit est également très attaché au rayonnement de la France à
travers le monde, notamment par l'intermédiaire de son empire, qu'il
défend moins en tant que lieu de l'aventure coloniale que comme celui
de l'amitié franco-exotique.
Enfin, il est un catholique à qui tout ce qui est antichrétien « faisait horreur. »
Les convictions politiques de Pierre Benoit transparaissent surtout
dans ses écrits journalistiques et dans ses contes et nouvelles,
beaucoup plus discrètement dans ses romans, qui témoignent cependant de
son attachement « aux valeurs traditionnelles, à la famille, à la
terre, à la nation.
» L'esthétique dont se réclame Benoit est elle
aussi conservatrice, lui qui se dit influencé par l'œuvre dePaul Bourget et dont l'art puise selon Léon Daudet
sa force dans sa capacité à arracher « pendant deux ou trois heures [le
lecteur] à ses préoccupations personnelles par la substitution
vigoureuse d'événements survenus à autrui
» : une littérature d'évasion, qui se tient
éloignée des recherches formelles d'autres romanciers de
la même période (Proust, Joyce, Céline...).
Dans les années 1920-1930, l'homme n'a pourtant pas toujours bonne
presse dans les milieux conservateurs (surtout dans les milieux
conservateurs catholiques) : ses frasques et ses aventures galantes,
abondamment commentées dans la presse, entretiennent autour du
personnage une atmosphère de scandale (qui cesse au moment de son
mariage). C'est ainsi que lors de son voyage au Japon il se voit refuser une audience auprès de l'ambassadeur de France à Tokyo. Paul Claudel
avait en effet été choqué d'apprendre qu'il
était accompagné d'une
« aventurière » avec laquelle il avait
noué une liaison à Hong-Kong.
Qui plus est, l'érotisme sous-jacent dans ses romans
est très mal vu dans les cercles catholiques. Le directeur de la
Revue de Paris
lui écrit à ce propos en 1923 que « si [son] désir est toujours de
devenir l'un des [leurs] », il devra pour ses récits futurs « choisir
un sujet où il ne puisse rien y avoir de scabreux. »
Les héroïnes de Pierre Benoit
On a souvent relevé comme signe particulier des romans de Pierre
Benoit le fait que toutes leurs héroïnes portent un prénom qui commence
par un « A » (ce dont se « souviendra » Georges Pérec dans son recueil de souvenirs, sans trop se montrer convaincu par le procédé) : Aurore (Kœnigsmark), Antinéa (L'Atlantide), Allegria (Pour don Carlos),
etc. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer cette constance
(notamment le fait qu'il s'agirait d'une sorte d'hommage à Albi, ville natale de l'auteur.)
L'intéressé a quant à lui précisé qu'il s'agissait au départ (pour les
quatre premiers romans) d'un simple hasard, qu'il s'est ensuite plu à
continuer volontairement, afin de montrer à ses détracteurs, qui
l'accusaient de manquer d'imagination, que justement il n'en manquait
pas.
Aucune d'entre elles en tout cas n'est inspirée de personnes réelles
qu'a connues Pierre Benoit, exceptée Alcmène, l'héroïne des Amours mortes (1961), évocation de la propre épouse de Benoit, qui venait de disparaître. Certaines héroïnes sont pourtant librement inspirées de personnages historiques, telle Athelstane, la Châtelaine du Liban, librement inspirée d'Esther Stanhope.
Quoi qu'il en soit, dans son œuvre romanesque, Benoit a créé un type
nouveau d'héroïne, qui n'existait pas avant lui, et dont on a pu dire
qu'il constitue son apport original à la littérature française. Lui-même qualifiait de « bacchantes » ou d'« amazones »
ces femmes troublantes, qui hypnotisent les personnages masculins qui
leurs sont opposés par le romancier, et qui les poussent au crime et/ou
à leur perte : Antinéa étant le parangon de ces femmes fatales, qui
troubla les sens du capitaine Saint-Avit... ainsi que ceux de nombreux
lecteurs adolescents de L'Atlantide.
Toutes ces héroïnes en A ne présentent pourtant pas ces
caractéristiques : certaines d'entre elles, plus tendres et plus
sentimentales, sont, au contraire des précédentes, les victimes de leur
entourage masculin : telle Annabel Lee qui, dans le Lac salé, devient l'esclave d'un ménage mormon.
Mais ce type d'héroïnes, sans être marginal, n'est pas le plus
représentatif des personnages féminins de Pierre Benoit, qui semble
bien plutôt avoir eu à cœur de placer au centre de ses récits des
figures « dont les traits matérialisent ses propres rêves. Sous les
traits de ces créatures imaginaires, il a voulu représenter toute
l'admiration qu'il portait au sexe féminin [...] Le plus souvent
impérieuses, dominatrices, orgueilleuses, douées d'un grand sang-froid,
d'une maîtrise à toute épreuve, les héroïnes en A règnent sans partage
sur la foule des hommes. »
Un romancier de l'exotisme
Les romans du grand voyageur qu'était Pierre Benoit eurent souvent
pour cadre des pays étrangers, voire exotiques pour les lecteurs de son
époque : L'Atlantide (1919), l'Algérie ; le Lac salé (1921), les États-Unis ; la Chaussée des géants (1922), l'Irlande ; la Châtelaine du Liban (1924), la Syrie ; le Puits de Jacob (1925), la Palestine ; le Roi lépreux (1927), Angkor ; Axelle (1928), la Prusse ; Erromango (1920), les Nouvelles-Hébrides, etc. Tous, à l'exception du Lac salé et le l'Irlande de La chaussée des géants, mettent en scène des lieux sur lesquels Pierre Benoit s'est rendu.
Mais Mademoiselle de la Ferté (1923), que certains considèrent comme son chef-d'œuvre, Alberte (1926), etc., ont emprunté leur pittoresque à des cadres moins lointains.
Bibliographie
Romans
À l'exception de Kœnigsmark, paru d'abord chez Émile-Paul Frères, tous les romans de Pierre Benoit ont été publiés aux éditions Albin Michel (certains d'entre eux ont fait l'objet d'une prépublication dans des journaux et des revues).
- Kœnigsmark 1918
- L'Atlantide 1919
- Pour don Carlos 1920
- Le Lac salé 1921
- La Chaussée des géants 1922
- Mademoiselle de La Ferté 1923
- La Châtelaine du Liban 1924
- Le Puits de Jacob 1925
- Alberte 1926
- Le Roi lépreux 1927
- Axelle 1928
- Erromango 1929
- Le Soleil de minuit 1930
- Le Déjeuner de Sousceyrac 1931
- L'Île verte 1932
- Fort-de-France 1933
- Cavalier 6 1933 (suivi de L'oublié, écrit en 1922)
- Monsieur de la Ferté 1934
- Boissière 1935
- La Dame de l'Ouest 1936
- Saint Jean D'Acre 1936 (suivi de La Ronde de nuit)
- L'Homme qui était trop grand 1936 (en collaboration avec Claude Farrère)
- Les Compagnons d'Ulysse 1937
- Bethsabée 1938
- Notre-Dame-de-Tortose 1939
- Les Environs d'Aden 1940
- Le Désert de Gobi 1941
- Lunegarde 1942
- Seigneur, j'ai tout prévu... 1943
- L'Oiseau des ruines 1947
- Jamrose 1948
- Aïno 1948
- Le Casino de Barbazan 1949
- Les Plaisirs du voyage 1950
- Les Agriates 1950
- Le Prêtre Jean 1952
- La Toison d'or 1953
- Villeperdue 1954
- Feux d'artifice à Zanzibar 1955
- Fabrice 1956
- Montsalvat 1957
- La Sainte Vehme 1958
- Flamarens 1959
- Le Commandeur 1960
- Les Amours mortes 1961
- Aréthuse (livre posthume et inachevé) 1963
Poésie
- Diadumène 1914
- Les Suppliantes 1920
Divers
- La Surprenante Aventure du baron de Pradeyles (nouvelle) 1921
- Les Cinq Plaisirs de l'homme cultivé (nouvelles) 1935
- Le Jour du Grand Prix (histoire courte) 1936
- Les deux portraits (histoire courte) 1936
- Toute la Terre (souvenirs de voyages, publication posthume) 1988
Adaptations cinématographiques
L'œuvre de Pierre Benoit a donné lieu à de
nombreuses adaptations cinématographiques, parmi
lesquelles :
- L'Atlantide de Jacques Feyder (1921)
- Kœnigsmark de Léonce Perret (1923)
- L'Atlantide de Georg Wilhelm Pabst (1932)
- Surrender de William K. Howard (1931), adaptation d'AxelleSurrender (1931 film).
- La Châtelaine du Liban de Jean Epstein (1934)
- Kœnigsmark de Maurice Tourneur (1935)
- Boissière de Fernand Rivers (1937)
- Lunegarde de Marc Allégret (1946)
- Bethsabée de Léonide Moguy (1947)
- Mademoiselle de la Ferté de Roger Dallier (1949)
- Kœnigsmark de Solange Térac (1953)
- La Châtelaine du Liban de Richard Pottier (1956)
- L'Atlantide de Giuseppe Masini, Edgar G. Ulmer et Frank Borzage (1961).
- L'Atlantide de Bob Swaim (1992).
Bibliographie critique
- Jacques-Henry Bornecque, Pierre Benoit, le magicien, Albin Michel, 1986
- Johan Daisne, Pierre Benoit ou l’éloge du roman romanesque, Albin Michel, 1964
- Edmond Jouve, Gilbert Pilleul, Charles Saint-Prot (dir.), Pierre
Benoit, témoin de son temps. Actes du colloque organisé
par l'Association des écrivains de langue française, Albin Michel, Paris, 1991.
- Jean-Paul Török, Qui suis-je ? Benoit, Pardès, 2004 (ISBN 978-2867143250)
- Les numéros des Cahiers des amis de Pierre Benoit, édités par l'association "Les Amis de Pierre Benoit".
Aimé Blanc
Schrijver van "Les
Jaume", "Rien pour moi, Facteur?", "Le poids d'un homme" en "Le taureau
par les cornes."
Prix Jean Blaise de la Société des Gens de Lettres.
Prix Roberge et Prix Montyon de l'Académie Française.
Wat de kritiek zegt over
Aimé Blanc's "Graines
d'hommes":
"Parce qu'il est
resté simple, amical envers les êtres et les choses,
parce qu'il a bâti son oeuvre littéraire avec le goût artisanal
de la besogne bien faite et le mépris
du clinquant,
Aimé Blanc est un
auteur qui s'impose.
"Graine d'Hommes" est nourri de souvenirs personnels
mais aussi d'une observation minutieuse et cordiale
du monde de l'enfance.
J'amais l'éveil de la
sexualité chez de
jeunes garçons
n'avait été décrit avec autant de vérité et de pudeur."
Jean Rousselot dans "Les Nouvelles Littéraires"
"Une
bouffé de mistral et de jeunesse, un récit dont
l'intérêt ne se dément pas."
"Le Berry Médical"
"Le livre de M.Aimé
Blanc, plein de verve et de situations cocasses, truculent de-ci,
émouvant de-là,
fera se pencher chacun sur son lointain passé.
A.C. Le Populaire du
Centre
Qui dit graine dit aussi le
trouble de la germination mais ici Aimé Blanc, sans manquer
d'audace, fait preuve d'un tact très sympathique.
Le Parisien Libere
Georges Bernanos
Georges
Bernanos (February 20, 1888, Paris – July 5, 1948, Neuilly-sur-Seine)
was a French author, and a soldier in World War I. Of Roman Catholic and monarchist leanings, he was a violent adversary to bourgeois thought and to what he identified as defeatism leading to France's defeat in 1940.
Bernanos was born into a family of craftsmen, and spent much of his childhood in the Pas de Calais
region, which became a frequent setting for his novels. He served in
the first world war as a soldier, where he witnessed the battles of the
Somme and Verdun. He was wounded several times. After the war, he
worked in insurance before writing Sous le soleil de Satan. Because of
his anti-democratic leanings and his allegiance to the Action
Française (he was a member of their youth organization, the Camelots du Roi),
he was able to see the danger in Fascism and Nazism(which he described
as "disgusting monstrousness") before World War II broke out in Europe,
despite having initially celebrated their Catholic allies - Francisco
Franco, and the quasi-Fascist Falange - during the Spanish Civil War
Bernanos spent part of the conflict in Mallorca,
and became disappointed in the Francoist cause, which he grew to
criticize in Les Grands Cimetières sous la Lune. Most of his
important fictional works were written between 1926 and 1937.
He
emigrated to South America 1938, and stayed there till 1945, for most
of the time in Barbacena, Brazil, where he tried his hand at managing a
farm. His three sons returned to France to fight when World War II
broke out, while he fulminated at his country's 'spiritual exhaustion'
which he saw as the root of its collapse in 1940. From exile he mocked
the 'ridiculous' Vichy regime and became a strong supporter of the
nationalist Free French Forces led by the conservative Charles de
Gaulle.
After the liberation, de Gaulle invited him to return to France,
offering him a post in the government. Bernanos did return, but did not
participate actively in French political life.
His writings are sharply critical of modern society and its inroads
into personal liberty, both through government and through technical
development. He was an isolated figure, but maintained a very high
reputation among his fellow-writers in France.
- Sous le soleil de Satan 1926 (published in English as Under the Sun of Satan, made into a film by the same name by Maurice Pialat in 1987, who won the Palme d'Or at Cannes for it.)
- L'imposture 1927
- La joie 1929 (winner of the Prix Femina)
- La grande peur des bien-pensants 1931
- Jeanne relapse et sainte 1934
- Un crime 1935
- Journal d'un curé de campagne 1936 (winner of the Grand prix du roman de l'Académie française, published in English as Diary of a Country Priest, made into a film by Robert Bresson in 1951.)
- Nouvelle histoire de Mouchette 1937 (made into the 1967 film Mouchette by Robert Bresson)
- Les grands cimetières sous la lune 1938
- Scandale de la vérité 1939
- Nous autres français 1939
- Monsieur Ouine 1943
- Lettre aux anglais 1946 (originally published in Rio de Janeiro in 1942)
- La France contre les robots 1947 (originally published in Rio de Janeiro in 1946)
- Français, si vous saviez (collection of articles written between 1945–1948) 1961
- Le chemin de la Croix-des-Âmes 1948
- Dialogues des carmélites (Dialogues of the Carmelites) 1949 — screen and later operatic libretto adaptation of Gertrud von Le Fort's Cries from the Scaffold
- Les enfants humiliés 1949
- Un mauvais rêve 1950
- La liberté, pour quoi faire ? 1953
- Combat pour la vérité; Correspondance inédite 1904-1934 1961
- Combat pour la liberté; Correspondance inédite 1934-1948 1961
- La vocation spirituelle de la France (collection of articles assembled by J.-L. Bernanos) 1975
- Les
prédestinés (includes "Sainte Dominique" 1926, "Jeanne
relapse et sainte," and "Frère Martin" 1943) 1983
- Lettres retrouvées. Correspondance inédite 1904-1948 1983